La couture expliquée à mes copains

Hey, salut ! Reprenons donc comme si de rien n’était, et comme si le dernier article n’avait pas déjà deux mois.

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A quoi je pense ? Va savoir. Au sens de la vie, à la futilité de l’existence qu’il faut embrasser comme un cadeau, à la magie de la nature, à ma liste de courses.

[Nota bene : toutes les photos sont, comme d’hab’, de Daneri N’Biaze, mon talentueux p’tit photographe]

C’est la rentrée, on retourne au travail ou à l’école. Pour ma part, j’espérais un peu les deux, car j’avais déposé ma candidature pour les cours de modélisme de la Mairie de Paris. Je suis « sur liste d’attente », à mon avis une façon polie de me dire que je peux toujours apprendre le modélisme toute seule chez moi avec des vidéos ToiTube.

Bon, pas grave, on va étudier d’autres options pour apprendre à dessiner et grader un patron. D’ailleurs toutes vos suggestions sont bienvenues, mesdames les couturières qui me lisez.

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Hé, je marche bien, non ?… Ouais, je marche bien !

Plaçons cependant cet article de rentrée sous le sceau de la pédagogie. Car dans mon lectorat, se trouvent aussi des amis et de la famille, qui me font l’amabilité de venir lire mes petites sottises, alors qu’ils entravent que pouic à la couture.

Je profite donc de la dernière de mes réalisations, ce petit chemisier à plastron, pour proposer un lexique non-ultime et non-exhaustif de quelques termes couturistiques, pour faciliter l’expérience du non-initié. De rien, le néophyte !

Et concentre-toi, y’aura interrogation écrite à la prochaine séance.

PATRON : sur l’air de « Merci patron, merciiii patron » (rien de mieux qu’une note d’humour comme entrée en matière ! c’est si bon de rire !).

Alors ça, facile : c’est comme qui dirait la représentation à plat du vêtement. Et le principe, en ce qui me concerne, consiste à prendre ce patron… et à le modifier systématiquement dans tous les sens. Par quelle malédiction ne puis-je JAMAIS me contenter du patron en l’état, je l’ignore. Mais quand ce n’est pas la taille que je modifie, c’est la forme du col, des manches, etc. C’est ainsi que j’ambitionne depuis des années de me faire ce petit chemisier Burda :

blouse-burda-de-baseEt qu’au final je me retrouve avec une blouse à manches longues, à col officier et à poignets mousquetaires. Que j’ai repris d’un autre patron, celui de ma chemise de smoking réalisée il y a quelques années. Eh oui, je fais ce que je veux, car le patron n’est pas mon patron !!! (tu l’as ?)

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Je ne suis pas un robot, faut pas croire ce que disent les journaux.

BOUTONNIERES : toujours dans le facile, ce sont les petits trous où c’est qu’on glisse les boutons. Le principe de base : qu’elles soient assez grandes pour y GLISSER le bouton. Evident, hein ? Pour moi aussi. Et pourtant je me suis retrouvée avec une dizaine de boutonnières trop petites. Que j’ai dû massacrer et rattraper à la main, à 22h, la veille de la séance photo. C’est à cause des boutons « demi-boules » à recouvrir, que j’ai utilisés, car je n’ai pas assez tenu compte de leur largeur. Et c’est la deuxième fois que je me fais avoir. Eh oui, avec les boutons demi-boules, je ne suis pas un demi-boulet ! (tu l’as ?)

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Vision pleine face qui permet de distinguer un peu les boutonnières massacrées. On va plutôt remettre de la photo floue et de loin pour la suite.

PLASTRON : sur l’air de « Merci plastron, merciiii plastron »… (hum).

C’est cet empiècement carré sur le devant. Sur le modèle d’origine, les plis vivent leur vie sans contraintes, libres de s’entrouvrir si le cœur leur en dit. Chez moi, non. Ils sont cousus de partout pour rester bien fixes et ne pas bailler tout mochement. Ouais, c’est carré-carré par ici.

Le chemisier est, de ce fait, un chouïa entravant. M’en fous. Si je dis pas bouger, c’est pas bouger.

BÂTIR : ha, voilà un terme qu’il est intéressant et utile. Et bizarrement, il déclenche chez moi une association d’idées avec la petite enfance, et un livre que je lisais quand j’étais gamine : La maison que Pierre a bâtie. Une comptine répétitive, du genre « voici la maison que Pierre a bâtie, voici la farine qui est dans le grenier de la maison que Pierre a bâtie, voici le rat qui a mangé la farine qui est dans le grenier de la maison que Pierre a bâtie, voici le chat qui a mangé le rat qui… etc. ». Interviennent également un chien, une vache, une servante, un brigand, un monsieur et un coq. Le genre de littérature dont on se demande si son objectif secret n’est pas de faire entrer les enfants en hôpital psychiatrique (ou leurs parents qui doivent se farcir la lecture de ce truc à voix haute tant que l’enfant ne sait pas le faire tout seul).

2016-wood-mode-5503SOUTENIR : un autre terme technique des plus intéressants (enfin moi je trouve !). Quand on monte une manche sur une emmanchure (a.k.a « le trou pour passer les bras »), la tête de manche est légèrement plus grande que l’emmanchure avec laquelle elle est censée occuper. Ça s’appelle « l’embu », et il ne s’agit pas d’une quelconque race de vache sauvage africaine à cornes, mais une « aisance » pour qu’on puisse bouger l’épaule sans être entravé. Pour bien assembler manche et emmanchure, il faut « soutenir » sa couture. Cela ne veut pas dire lui crier des slogans d’encouragement du genre : « Vas-y ma grande !!! T’es ma championne !! »… Mais tenir son ouvrage de façon à résorber la différence de taille. Ma mère m’a montré dès mes débuts une méthode infaillible pour monter les manches en soutenant bien la tête, et depuis, je n’ai jamais eu de soucis avec cette étape, qui peut pourtant se révéler un peu délicate. D’ailleurs, je conseille évidemment, comme d’habitude, de copieusement bâtir pour éviter les glissements de tissu.

… Comment ça, j’ai pas expliqué « bâtir » ?

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Et je marche encore… Bon sang, qu’est-ce que j’ai marché ce jour-là.

FRONCER : pour les sourcils, tout le monde voit. Eh bien pour le tissu, c’est pareil : faire des petits plis qui ondulent. Et comme mon lecteur régulier l’aura peut-être noté au fil des réalisations et des articles, je DETESTE froncer. J’ai beau le faire depuis des années, il faut toujours que je m’y reprenne à plusieurs fois pour tomber sur la bonne largeur, avoir de jolis plis et bien les répartir. Bref, quand je dois froncer, ça me fait froncer (des sourcils).

Ici, il y a une partie froncée sous le plastron (pour la définition, voir « plastron »). Bon, j’ai râlé en la faisant. Mais je l’ai faite.

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PAREMENTURE : terminons cet essai de lexique avec ce terme, pour vous expliciter comment j’ai procédé pour ourler le bas de ce chemisier. Un ourlet, tout le monde voit ? C’est ce que le magasin te fait payer 10 € pour raccourcir ton pantalon (eh oui, t’as qu’à avoir une machine à coudre).

Parementure, donc. Attention, rien à voir avec « parementure de canard » qui désignerait plutôt un certain plat que je réussis très bien !! (tu l’as ?)

La parementure, c’est une bande de tissu qui double les bords, les encolures ou les emmanchures. Elle a la même forme que la partie de tissu qu’elle doit doubler. En l’occurrence, prenons l’exemple de cet ourlet : il n’est pas droit, mais remonte légèrement sur les côtés (ça fait une « petite vague », si tu préfères). Si je me contente de replier (ou « remplier ») et de coudre le tissu, ça ferait des petits plis pas jolis. Et nous par ici, on aime pas bien ça, le pas joli. Alors je coupe un bout de tissu qui a la même forme que mon ourlet, comme ça elle épouse parfaitement cette ligne ondulante. Pour aller plus loin, je préciserais même qu’il faut couper cette bande de tissu dans le biais pour qu’elle soit bien extensible, mais, pfffff, j’ai tellement la flemme de vous expliquer ce que c’est que le biais, après cette débauche de termes techniques.

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Vue du dos, qui me fait penser que j’aurais aussi pu expliquer le terme « surpiqûre », mais bon, une prochaine fois, hein.

Si ça c’est pas un article didactique !!!

Voilà, tout le monde a tout compris, c’est super. Je dédicace cet article à mes copains qui ne cousent pas, en espérant qu’ils auront retenu un ou deux trucs… Et surtout, en vraie peau de vache, je place cette dédicace tout en bas de l’article pour voir qui va réagir. Si aucun de mes potes ne m’en parle, j’en déduirai qu’ils ont arrêté de lire au milieu de l’article, et nom de Zeus, si c’est le cas, y’aura règlement de comptes au prochain apéro.

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Patron Burda Style de mars 2010, modèle 124 en T.34.

Col et manches trafiquées selon le patron de ce chemisier de smoking.

15 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Angel

    Je suggère le lancer de hoummous au prochain apéro s’ils s’avèrent que tes potes ont ignoré tes efforts didactiques. La cacahouète c’est mainstream. Sinon il va sans dire que les surpiqûres rendent ce chemisier très intéressant, le bleu marine tout seul aurait peut-être été un peu terne. Au fait ton tissu c’est quoi? Sur un des gros plan on dirait du bazin.

    • 2
      Marjolaine

      Je ne te le fais pas dire. Va y avoir de la bataille de chips de maïs.
      Oui, les surpiqûres se sont imposées assez vite sur ce tissu, qui, j’ai effectivement oublié de le préciser, est un satin de coton à l’aspect légèrement enduit, d’une espèce de bleu/violet/encre/ardoise…

  2. 3
    Maahlou

    Hello,
    j’aime bcp ton blog (et je suis même assez « ancienne » pour avoir noté que tu l’as repris après une interruption assez longue 😉
    En tous cas c’est vraiment chouette de lire tes articles ..
    Est-ce que tu pourrais détailler ta méthode infaillible héritée de ta maman pour soutenir une manche et absorber l’ambu.. de mon côté je fais ça de manière assez aléatoire :((

    Merci mille fois d’avance !!

    • 4
      Marjolaine

      Merci Maahlou ! Effectivement, en termes de rythme, ça a parfois été chaotique ici 😉
      Alors : cette méthode, difficile de l’expliquer sans une photo. Tu mets la tête de manche dans l’emmanchure, endroit contre endroit, et tu fais « ressortir » la jonction vers toi… Bon, c’est pourri comme explication. J’ai une blouse en projet, avec des manches, donc je prendrai une photo pour illustrer mon explication. Ce sera plus parlant 🙂

    • 8
      Marjolaine

      Bien ! Ca fait plaisir de ne pas être la seule !!!! Du coup je n’ai pas encore porté le chemisier car mes boutonnières foirées me complexent… je vais les reprendre à la main, je pense.

  3. 11
    Laissons Lucie Faire

    J’ai lu ton billet du début à la fin et j’ai ri tout le long 🙂 Petite équation pour être sûre d’avoir à tous les coups des boutonnières de la bonne taille :

    Diamètre bouton + épaisseur bouton = longueur boutonnière

    • 12
      Marjolaine

      Yes ! Merci beaucoup pour la formule ! Je vais m’en souvenir, parce que la boutonnière de la mauvaise taille, c’est toujours mon angoisse (et pour cause…)

  4. 13
    doudidam

    Salut Sabali ! Je suis heureuse de te relire !
    Le problème avec les patrons, c’est que ce n’est jamais forcément adapté à ta morphologie. Parfois, ça tombe mal, c’est trop grand…J’ai galéré au début mais maintenant c’est fini. Je fais mes propres patrons avec la bâche plastique transparente (pour peintre) et un marqueur permanent. Je prends des fringues qui me vont parfaitement et je recopie la forme sur le plastique. Bon, en même temps, je ne fais pas des trucs très compliqués. J’aime bien les couples simples. Je mise plus sur les beaux tissus. Et après, je fais des modifs suivant mon envie et je bidouille en cherchant des tutos sur le web ! Le résultat n’est pas 100% garanti mais quand ça marche, quelle satisfaction d’avoir tout fait de A à Z !

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