Le chemisier réincarné

J’aimais d’amour un chemisier. C’était un Tara Jarmon que j’avais acheté dans une boutique de fringues d’occasion. Il était beau : noir avec un plastron bleu marine, de grands poignets mousquetaires retenus par des boutons de manchette et un adorable petit col cassé. Original, classe, habillé.

Un jour, l’un des boutons de manchette, fragiles petites choses, se rompit dans la machine à laver. Qu’à cela ne tienne : en attendant de le réparer, je le stockai alors dans mon petit atelier de couture. Mais comme mon deuxième prénom est Procrastination, le chemisier resta sur son cintre quelques semaines, accroché à la poignée d’une fenêtre. La même fenêtre qui prend le soleil de plein fouet le matin pendant plusieurs heures.

Le soleil décolore le coton, le savais-tu ?

Reprenant mon chemisier après quelques semaines, un jour de motivation, je le retourne… et découvre au dos un grand carré décoloré. Désormais importable. Ô mon coeur brisé, puni par cette criminelle négligence !

J’aurais pu le teindre entièrement en noir. Mais j’aurais alors perdu tout ce qui faisait le charme de ce chemisier : son bicolorisme. Et si tu ricanes en toi-même en imaginant que j’ai inventé ce mot, je te conseille de le taper dans Google. Première occurrence : « couleur et bicolorisme du jambon ».

Finalement, quitte à perdre ma jolie fringue, autant lui donner une deuxième vie dans la mort : la réincarnation.

La réincarnation, ça commence par une autopsie : j’ai décousu patiemment chaque pièce du chemisier au découd-vite. Je les ai ensuite marquées de petites repères, je les ai bien repassées et j’ai décalqué pièces et repères pour créer un patron. Je me suis rédigé un petit guide avec les étapes de construction selon ce qui me paraissait logique, et roule ma poule.

Pour le tissu, j’avais justement en tête depuis longtemps de faire un chemisier à plastrons dans un tissu à rayures, histoire de contraster le sens des rayures sur le plastron et sur le reste du chemisier. J’avais donc deux mètres d’une batiste beige rayée assez légère qui n’attendait que d’accueillir l’âme de mon chemisier décédé.

Plusieurs (dizaine d’) heures plus tard, voici le chemisier rené (… re-né ?) de ces cendres.

Alors c’est le même, mais en pas pareil. Déjà, le nouveau est d’une seule couleur, mais j’ai joué sur le sens des rayures. Du coup, j’ai souligné le plastron d’un fin passepoil beige (que j’ai eu quelques difficultés à monter correctement…).

Les poignets aussi sont différents : exit les poignets mousquetaires et leurs boutons de manchette (ça, c’était le côté un peu chiant du chemisier de base, je dois l’admettre) pour deux poignets tout ce qu’il y a de plus classique – et passepoilés aussi. Les boutons sont récupérés sur une autre ancienne fringue.

Le nouveau chemisier, par contre, reprend à l’identique le détail que je préférais : le petit col cassé.

Malgré son tissu plus fin qui se froisse plus rapidement, j’ai reporté sur lui mon amour du précédent. Sans vouloir me faire mousser (… ou alors si peu), il a des finitions quand même assez nickel, intérieur comme extérieur. Un ou deux défauts par-ci, par-là, comme toutes mes réalisations, mais à des endroits non stratégiques.

Maintenant que j’ai le patron, j’ai envie d’en faire d’autres versions, dans des cotons un peu plus épais, et aussi en reprenant l’idée bicolore. Peut-être même dans les noir et bleu d’origine du chemisier-source. Parce que un amour comme celui-là est forcément plus fort que la mort.

9 Commentaires

  • 2 septembre 2012 - 18:58 | Permalien

    Waouh, quel boulot, mais le résultat en vaut la chandelle, il est super classe ce chemisier, avec tous les détails là où il faut, et ce col cassé… une pure merveille

    • Marjolaine
      2 septembre 2012 - 19:32 | Permalien

      Merci beaucoup ! Je crois que c’est de découdre l’original sans l’abîmer qui a été le plus fastidieux 🙂

  • 2 septembre 2012 - 19:26 | Permalien

    Grande classe ce chemisier ! Que de détails ! je suis en admiration devant les finitions et la minutie de l’ensemble.

    • Marjolaine
      2 septembre 2012 - 19:34 | Permalien

      Merci ! Il m’a demandé un peu de temps, mais j’ai aussi pris beaucoup de plaisir à ressusciter mon amour perdu 🙂

  • Dodie dodue
    2 septembre 2012 - 19:44 | Permalien

    Wwwhhhhaaaa, ça c’est du boulot de chef!!!! Il est splendide!!!

    • Marjolaine
      2 septembre 2012 - 20:28 | Permalien

      Merci, tu vas me faire rougir !!! 🙂

  • Pingback: Chemisier Tara, 2ème

  • collet
    21 décembre 2013 - 21:21 | Permalien

    Waouh : il est magnifique!!! J’aimerais bien trouver un tel patron. Vraiment superbe.

    • Marjolaine
      9 janvier 2014 - 13:15 | Permalien

      Merci beaucoup ! C’est le problème, il faut parfois un sacrifice pour obtenir autre chose…

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