Rayures et café à volonté

Ah, Blog ! Je te délaisse.

J’ai succombé aux sirènes de l’immédiateté sur Instagram. Désormais, c’est dans la foule anonyme des réseaux sociaux que je joue le plus souvent les mannequins de supermarché, paradant dans mes réalisations maison, perdue entre les hashtags, les stories et les douze mille nanas qui font des trucs bien plus stylés dans des tissus bien plus tendance (...mais moi je n’ai pas eu besoin de casser mon PEL pour coudre une robe en viscose, pan dans ta mouille !).

… Bref, je m’éclate sur Instagram (il y a plein de vidéos de pandas !!!) et j’espère que tu viendras aussi, parce que poster là-bas me rend super paresseuse ici – déjà qu’on n’était pas sur un rythme stakhanoviste… Je vais probablement publier une anthologie de mon blog pour fêter ses dix ans, je suis en pourparlers avec Gallimard, pour l’instant on part sur une brochure 12 pages.

Mais parfois, la muse du bloguisme me donne un petit coup de pied dans l’arrière-train. Donc pour tes yeux éblouis, Toi Public resté fidèle à ma plume en ligne, je te livre la p’tite dernière : la robe-chemise à rayures, avec des photos zinédites qu’elles sont pas encore (toutes) sur Instagram.

La robe part d’abord d’un craquage. Courant décembre 2021, et face à l’indécente prolifération de mon stock de tissus, je prends la ferme résolution qu’en 2022 je ne coudrai QUE mon stock. Ouais les gars. Je suis une femme forte, j’ai une volonté d’acier, je ne suis pas ce genre de gonzesse qui finit la tablette (et qui lèche l’emballage) après avoir croqué un carré. Non non non.

… Et pour bien tenir ma bonne résolution, le 31 décembre, j’ai acheté pour environ 200 balles de tissus.

(Ne dites rien à mon mec, je lui ai dit que la petite pouvait encore aller six mois avec ses chaussures trop petites si on faisait un trou discret à l’endroit du gros orteil).

… Tu vois, l’intérêt d’Instagram, c’est qu’ici j’aurais pu insérer un smiley qui pleure pour appuyer ma consternation à l’égard de moi-même.

Bon, à ma décharge, Amandine Cha faisait des soldes dantesques de ses merveilleux tissus bio et fabriqués en France, donc ce n’était pas tant une pulsion de collectionneuse erratique que le geste citoyen d’une consommatrice avisée soutenant la réindustrialisation sur notre territoire national.

J’attends ma médaille.

(Oh, et spoiler alert : la résolution a tenu D’ENFER, en février j’ai racheté 9m de maille pour me coudre des pulls. Pouces en l’air pour Marjo.)

Bon. Dans le lot de ma grosse commande Amandine Cha, il y avait ce magnifique chambray à grosses rayures, couleur « grenadine ». Je savais que j’en ferais une couture printanière, mais j’ai mis un moment à déterminer laquelle. Salopette ? Chemise ? Jusqu’au moment où je me suis dit « Tiens, j’en ferais bien une robe chemise d’esprit vintage« , et là, mon cerveau s’est mis en marche TOUT SEUL.

Le google neuronal que j’ai entre les deux oreilles m’a littéralement ressorti tous les codes du genre, qu’il convient de respecter lorsqu’on coud une robe chemise vintage : le buste bien ajusté par des pinces poitrine et taille, les manches courtes à revers contrastants, le col tailleur (impératif absolu) également contrastant, la jupe ample, la petite ceinture…

J’ai cherché un bon moment le patron qui correspondrait tout pile à ma petite obsession, assez certaine que Burda me donnerait satisfaction. Je voulais surtout que le buste matche avec ces critères précis : le double jeu de pinces du buste (pour un seyant optimal), le col tailleur, les manches ajustées.

Et c’est bien chez l’Allemand de mon coeur que j’ai fini par trouver mon bonheur, mais dans un patron pochette. Ouf, c’est pas comme si je collectionnais les magazines depuis 12 ans, heureusement.

Le Burda en question porte le doux nom de 6520, et je te mets ici le lien pour juger de l’effort d’imagination que cela m’a demandé de le voir en version « joli ». C’est bien simple, le modèle de présentation de Burda m’a causé une dégénérescence maculaire instantanée.

Néanmoins, j’avais la base qu’il me fallait, et j’ai pu jouer à mon jeu préféré : Modifie Ton Patron (ça me rappelle le « Dessinons la mode » que j’aimais tant quand j’étais gamine, et qui n’est pas DU TOUT étranger à ma passion pour la création vestimentaire, toi-même tu sais si tu as été enfant dans les années 80-90).

Sur cette robe, j’ai :

  • Raccourci les manches et coupé le revers et le col à part, dans une popeline blanche qui restait dans mon stock (CQFD)
  • Rallongé le buste de 2cm (habituel chez moi qui a défaut d’avoir le bras long, ai le ventre long)
  • Supprimé la jupe à plis du patron pour la remplacer par une jupe froncée déjà cousue ici et – avec des poches évidemment
  • Remplacé la fermeture par zip invisible sur le côté par une patte de boutonnage intégrale

… Car oui, je suis ce genre de couturière qui préfère s’imposer 9 boutonnières plutôt qu’une fermeture éclair invisible.

  • Et le buste est coupé dans un 36 poitrine, 38 taille ce qui m’a amenée à redessiner les côtés.

Précision importante : les rayures du tissu sont dans le sens de la trame (horizontales), mais moi je les voulais verticales. J’ai donc coupé mon tissu dans le droit-fil de la trame.

Voilà, j’étais partie pour être la Jackie Kennedy du Val-d’Oise, avec peut-être aussi une touche de Betty Draper dans Mad Men, cette série des années 2000 qui nous a fait coudre des kilomètres de robes vintage.

Et puis dès les premiers essayages, hum, étrange.

La vibe que je perçois n’est pas Jackie K du tout, mais qu’est-ce donc ? Quel est donc le signal connu que me renvoie mon cerveau ? Pourquoi ce look me semble-t-il si familier ?…

… Parce que j’ai vu des milliers de films américains dans lequel une nana habillée comme ça ressert du café à volonté dans un diner, pardi.

Je ne me suis pas cousu une robe de first lady : j’ai fabriqué un uniforme de serveuse des années 50.

… Quand tu penses que je ne bois jamais de café !

La serveuse de diner, c’est une iconographie qui traverse la pop culture depuis les années 50 : de Twin Peaks à la pochette de Breakfast in America de Supertramp, les exemples sont légion. Et mon petit cerveau surnourri au grain des superproductions américaines n’est pas allé chercher bien loin son référentiel.

Est-ce que je l’assume ? Totalement. J’adore son petit charme rétro. Depuis que je l’ai finie, je me trimballe partout avec cette cafetière et ce plateau, histoire d’être sûre que tout le monde a sa tasse pleine d’insipide jus de chaussette. Je mâche du bubble gum toute la journée et j’attends qu’un flic en costard fatigué (ou mon mec, qui est plutôt du genre musicien barbu en jean et tee-shirt de geek) me dragouille par-delà le comptoir chromé (ou disons mon îlot de cuisine Ikea).

Je ne sais pourquoi, je n’ai envie que de coutures un peu rétro dans ce style, pour ce printemps. J’ai une liste longue comme le bras de petites robes en projet, plus ou moins rouges, plus ou moins vintage, plus ou moins rayées – mais presque toutes Burda, ça c’est une constante. Breakfast in America, mais avec curry wurst.

A bientôt lecteur·se fidèle, si tu ne viens pas à moi sur Instagram, j’espère au moins que tu me diras ici en commentaire si tu reveux du café !

29 Comments

Ajoutez les vôtres
    • 2
      Marjolaine

      Merci Belle Arsène ! Et je suis ravie que tu viennes ici ! Même si nous resterons en d’accord sur le pois roses et blancs… Mais nous nous retrouverons sur un autre domaine !!!

    • 4
      Marjolaine

      Oh merci Sandrine, mais je te rassure, pas d’abandon prévu à l’horizon ! Juste un rythme pas fou et qui ne risque pas de s’accélérer ! Mais ça renforce le plaisir de se retrouver, pas vrai ? Merci beaucoup en tout cas !!

      • 8
        lusicreation

        Désolée je ne bois pas de café … Moi aussi j’ai cousu il y a deux ou trois ans une robe à rayures la Emily de LMV j’avais plus l’impression d’être une none qu’une serveuse mais bon c’est affaire de goût … Belle réalisation je vais m’abonner de ce pas sur insta ton style de writte est inimitable !

    • 9
      Marjolaine

      Merci E à l’initiale unique (à l’image de l’un de mes musiciens préférés, le démiurge Mark Oliver Everett du groupe Eels, qui se fait appeler E depuis des années)

  1. 12
    cyqlaf

    J’avoue que j’ai été mater les robes burda et mes yeux ont survécu … Les pois, les rayures, même combat, non ? /* NONNNNN !!!! */
    Sinon … j’adore ta robe ! Effectivement, tu personnifies une icône ricaine mais franchement, qui s’en soucie ? Parce que la robe est nickel.
    Limite, j’ai envie d’une robe à rayures maintenant.
    En attendant, promis juré, on ne dira rien à personne sur la gestion de ton stock et s’il sert à coudre des merveilles comme ça, il peut faire ce qu’il veut !

    • 13
      Marjolaine

      Merci Ysa ! Mais je m’inscris en faux ! Les rayures c’est tendance, les pois c’est has been ! Bon, c’était le contraire il y a dix ans et ce sera le contraire dans 10 ans… Mais maintenant, c’est maintenant !!
      Merci de ta bienveillance sur mon stock… Ca fait du bien d’être comprise 😀

  2. 14
    ziata4

    Ma chère, si tu l’avais cousue à pois, tu n’aurais pas servi de café. Tu serais allée faire la fofolle les soirs de moisson derrière les bottes de foin, entre bleuet et coquelicot comme dans les chansons françaises des années 50. Pas de policier au costard élimé, mais de beaux gars musclés au bronzage de travailleurs des champs. Autre monde, autre ambiance.
    Ceci dit, ta robe à rayures te va parfaitement. Même sans cafetière ni plateau.

    • 15
      Marjolaine

      Haha, Ziata je m’incline devant ta capacité à passer d’un référentiel à l’autre avec une telle fluidité ! Et tu as totalement raison, un imprimé change et c’est tout l’univers qui s’en trouve bouleversé ! Note que l’ambiance bucolique des bottes de foin et des bals musette à la lumière des lampions n’est pas pour me déplaire non plus !

  3. 16
    moscowgoule

    J’avoue tout : j’aime bien la version Burda, et j’aime bien ta version aussi ! En voyant la première photo, je me suis dit « Oh, ça fait serveuse de diner ! Oups non, faut pas que je dise ça en commentaire ça risque de mal passer », mais du coup ça devrait aller 😀

    (Sur la gestion du stock : j’ai le même problème avec la laine, mais en plus je suis assez vicieuse pour acheter du tissu régulièrement alors que je couds environ une jupe tous les 10 ans. Du coup, les tiroirs dégueulent de coupons inutilisés « pour le jour où je m’y mettrai vraiment », et chaque fois que je donne un coup de ciseaux, je m’empresse de faire une commande en m’écriant avec enthousiasme que cette fois-ci c’est la bonne, cette commande va me propulser dans le monde la couture, youplaboum. Bref)

    • 17
      Marjolaine

      Bah comme quoi ton référentiel pop culture était au point !
      C’est fou, comme les loisirs créatifs nous rendent collectionneuses… Note, c’est beau, ça veut dire qu’on se projette loin, vu qu’on n’aura probablement jamais le temps de coudre ou de tricoter tout ça avant d’aller manger les pissenlits par la racine 😀 Ceci étant j’espère que tu vas vraiment te propulser dans le monde de la couture, car c’est un tel kif !

  4. 18
    Nabel

    Alors pas de café pour moi mais je veux bien des pancakes aux myrtilles, si c’était un effet de vot’bonté m’dame 😉
    Elle est très réussie ta robe, elle semble parfaitement ajustée.
    Tu as bien craqué chez Amandine dis donc ! Mais c’est un investissement sûr 😉

    • 19
      Marjolaine

      Pancakes pour la p’tite dame !
      Oui le seyant est très bon, mais c’est surtout grâce au sens patronesque de Burda ! Oui, j’ai bien craqué mais ces tissus sont d’une telle qualité !! C’est pour la France Madame !

  5. 22
    Falbala

    Bon c’est sûr qu’avec le plateau et la cafetière, ça fait un peu uniforme de serveuse.. Mais je doute que ces pauvres serveuses aient de si jolies robes et si bien finies!! C’est une bonne idée de l’avoir entièrement boutonnée et d’avoir mis les rayures dans le sens vertical!! Elle est très chouette et tombe à la perfection. J’essaie aussi de me restreindre sur les achats tissus mais parfois je craque.. notre mercerie a de si beaux tissus et en plus elle vient d’en rentrer des superbes.. Et puis il faut bien se faire plaisir de temps à autres même si c’est au détriment des godasses de la petiote!!! oulala!!!!

  6. 24
    Francoise W.

    Je n’ai qu’un mot à dire : bravo ! Mais quel talent couturesque, par contre je suis un peu étonnée que tu n’aies pas trouvé un modele dans tes 4 millions de Burdas collectionnés depuis plusieurs décennies. Ah oui, je sais, ma remarque est un peu mesquine et quand on aime on ne compte pas. Idem pour les tissus…

  7. 25
    Frédérique

    Cette robe est parfaite ( je l’ai déjà dit sur insta) et merveilleusement portée . Même si je bois pas de jus de chaussette à volonté chouette texte au passage j’ai passé un merveilleux moment à le lire merci

  8. 26
    Alice

    Avec un brushing peroxydé et des rollers, ce serait parfait ! Bravo pour cette brillante interprétation d’un Burda peu inspirant. J’ai un coupon de ce joli chambray grenadine, tu me donnes envie d’en faire quelque chose de plus ambitieux qu’un pyjama. Comme je ne pratique pas Instagram, je suis bien contente que tu viennes aussi par ici.

  9. 27
    Cécile

    Merci d’être revenue. Je me régale en vous lisant! Et avec un café c’est encore mieux. Très très belle cette combinaison tissu patron.

  10. 28
    Floriane

    Alors, je te suis habituellement sur Instagram, mais tu écris tellement bien que ton blogue est un incontournable (d’autant qu’Instagram m’a virée de la plateforme au motif que j’avais 0 ans… Erreur de gros doigts quand il a fallu que j’entre une date de naissance que j’aurais pu mettre bidon, snif!)

  11. 29
    Hos Elo

    Merci pour cet article ! Insta c’est bien, y’a des jolies photos, mais un bon vieil article de blog, c’est quand même autre chose. Ultra fan de la robe et des rayures.

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