Trio de Plantain #2020 #semaine20

Allez zou : déconfinement du blog. Pendant ces deux derniers mois, j’ai lu « Trotro et Zaza prennent le bain » et « Martine à la Ferme » environ 2 737 fois à ma fille, j’ai assisté à des réunions Zoom, j’ai fait cinq fois des crêpes, j’ai tondu la pelouse, j’ai cousu avec régularité… mais je n’ai eu ni le temps ni l’envie de tenir ce journal de couture.

De toute façon, créer un peu de distance ne rend-t-il pas plus doux nos retrouvailles ? Car on sait tous comment c’est : quand un article sort par semaine avec régularité, la routine s’installe… On ne se regarde plus comme avant, on se dit « j’irai lire ça plus tard »… La séduction n’opère plus… Et on se retrouve à lire d’autres blogs, plus excitants, plus nouveaux.

Ne niez pas, je le sais.

Sur ces huit semaines, j’ai cousu : une chemise, une jupe, une blouse, une robe pour moi, une robe pour la p’tite, deux tee-shirts. Si l’on considère que j’ai télétravaillé sur mes jours habituels, cuisiné une centaine de repas, confectionné une soixantaine de masques et participé à l’atelier « blouses » pour l’hôpital près de chez moi – la productivité est bonne, bébé.

En dépit de tout bon sens, l’entrée du jour de ce journal portera sur mes réalisations les plus récentes : de la couture fraîche de la semaine dernière (et une de 2017).

Faut-il encore présenter le patron de tee-shirt Plantain, pour celles et ceux qui dormaient depuis 2014 ? Je ne vous ferai pas cet affront. Tout le monde connaît le merveilleux tee-shirt « couteau suisse » de Deer & Doe, qui a tout bon puisque sa coupe est parfaite, ses variantes sont multiples et gâteau sous la cerise, il est gratuit.

Voici les trois Plantain dont j’ai doté mon armoire à vêtements. Leur caractéristique commune est d’être confectionnés dans des chutes, ou dans des tissus dont je ne savais pas trop quoi faire, et/ou d’être des coutures d’étude » que je finis par adopter dans le dressing. Attention, storytelling.

Oui, je sais, les cheveux… Ma coiffeuse n’a pas de place avant 8 jours… Je suis un abîme de désespoir.

1/ Le premier de la lignée, cousu en 2017, a permis d’utiliser 1,50m de jersey marron à pois dorés, acheté sur un coup de tête (Mondial Tissus, je crois) et qui a bien sûr hiberné pendant une ou deux années dans le stock sans que je ne sache qu’en faire. On notera pour la science que ce comportement erratique est la raison principale d’un stock de tissus relativement important qui me permettrait de faire face à deux, trois ou dix confinements supplémentaires sans avoir besoin de foutre le pied dans une mercerie. Envoyez les microbes, je suis au taquet.

Ce premier essai marque aussi une transition importante de ma vie de couturière, et je m’en vais vous la narrer céans. C’est ma p’tite maman qui m’a appris les bases de la couture de vêtements. Elle m’a transmis la méthode qu’elle tenait elle-même de sa mère, à savoir le bâti tailleur : quand on reprend le patron sur le tissu, on pose la pièce (sans marges) sur le tissu et on marque celui-ci en faisant des « bouclettes » avec du fil à bâtir qu’on enlèvera après l’assemblage. Ainsi, les lignes et les repères de couture sont précisément indiquées. C’est une méthode longue, mais très précise, qui permet de marquer les deux côtés du tissu de façon parfaitement symétrique.

J’ai donc procédé de cette façon pendant des années, en évitant plutôt les patrons avec marges incluses (puisque je devais les enlever pour faire le marquage), et l’idée de coudre en suivant les marges me paraissait bien trop approximative. Et de fait, cette école de rigueur explique certainement mon goût de la couture soignée aujourd’hui. Mais cette méthode présente aussi une contrainte majeure : elle est très chronophage. Peut-être pas pour ma mère, qui fait ça à la vitesse de la lumière, mais pour moi, reprendre un patron sur le tissu demandait un temps conséquent que j’avais de moins en moins. Qui plus est, je perdais parfois des bouts de fil à force de manipuler les pièces. Et pour ceux qui restaient, les enlever après assemblage était souvent fastidieux.

En 2017, cherchant à rationaliser mon temps de couture, j’ai décidé de tester la méthode « avec marges » (la plus répandue aujourd’hui, finalement), parce qu’il ne faut jamais dire fontaine. C’est avec ce Plantain que j’ai testé pour la première fois. Et je dois dire, avec tout l’amour et le respect que je porte à ma mère et à son talent de couturière accomplie, qu’adopter cette méthode a littéralement boosté ma productivité.

Une fois posé ce contexte technique, le résultat en lui-même m’a beaucoup plu. La coupe de ce tee-shirt est vraiment parfaite, il fait de jolies épaules et cache avec élégance les petits bidous saillants. Le jersey était parfait, fluide comme il faut, et j’ai finalement beaucoup porté ce tee-shirt « coup d’essai ».

2/ Je m’étais promis de réitérer, mais sans passer à l’acte (je me promets beaucoup de choses qui n’arrivent jamais, croyez-moi). Quand j’ai eu ma surjeteuse, en 2019, j’ai voulu la tester avec un Plantain, et j’ai utilisé pour cela un coupon de jersey métallisé imprimé « serpent » (ou « zèbre », je ne saurais dire, mais en tout cas un animal qui n’aurait pas déparé sur Donna Summer au plus fort des années disco) que je n’aimais pas vraiment – magie des achats de tissus en ligne. C’est un jersey totalement synthétique, fluide mais réticent au repassage, pas forcément évident à travailler. Et j’ai foiré le montage de la bande d’encolure à la surjeteuse, ce qui m’a enseigné une chose : la surjeteuse, c’est pour SURJETER. Depuis, je n’assemble jamais directement à la surjeteuse, je passe toujours par l’étape machine à coudre. Donc, une fois la bande d’encolure foirée, j’ai exilé la chose dans la pile des « causes perdues » (vêtements ratés à refaire, à découper pour récupérer de la mercerie, à raccourcir etc.) en me promettant de recouper les pièces lésées et de le finir… un jour.

Deux mois de confinement national, c’était le minimum pour que j’imagine un jour m’attaquer à cette pile des « causes perdues » – et je l’ai FAIT, nomdidiou.

Quitte à reprendre un ouvrage foiré dans un tissu pas aimé, j’ai décidé d’en faire à nouveau une couture d’études, et de tester la modification du col en V. J’avais trouvé ça très joli sur certaines versions vues sur Instagram, et j’ai suivi le tuto fort clair de Nom d’une couture – c’est beaucoup plus facile que ça n’en a l’air, et j’adore le résultat.

Au final, je pense que je le porterai – d’ailleurs je le porte en ce moment-même. Le jersey synthétique fait qu’il tient chaud, c’est pas mal pour l’automne et l’hiver. Son imprimé graou + doré est… particulier, mais je pense pouvoir assumer ce côté Santa Barbara, qui me dira, pourquoi j’ai le mal de vivre, avec d’autres pièces plus sobres en association (futal noir, gilet sobre).

3/ Et puis la 3e version, cousue en même temps que la 2e : une petite marinière toute simple mais efficace, rayée noir et beige chiné. A la faveur d’un rangement d’atelier pendant le confinement, j’ai retrouvé une vieiiiille chute de ce jersey rayé, et quand je dis « vieille », on parle quasiment de décennie puisque c’était un jersey de viscose dans lequel j’avais cousu une marinière en 2012 (ci-dessous).

La marinière, je ne sais même pas ce qu’elle est devenue ; mais il restait un peu moins d’1m utilisable de ce tissu, et j’ai illico décidé d’y faire un Plantain manches courtes.

Un peu de Tétris plus tard pour faire tenir toutes mes pièces dans la chute : le résultat me plaît beaucoup (malgré le coté Joe Dalton), et en plus je suis contente de mes finitions à l’aiguille double.

J’ai désormais envie de coudre du Plantain au kilomètre. C’est tellement le basique parfait. Manches courtes, longues ou trois quarts ; uni ou imprimé ; avec ou sans coudières ; col rond ou col V ; transformé en tunique ou en robe… Il permet tout. Il n’est pas exclu que d’autres versions sortent encore prochainement des ateliers Marjo : j’ai encore pas mal de jersey farfelus en stock.

C’est tout pour aujourd’hui. Prenez soin de vous, et laissez-moi donc un petit commentaire pour me dire comment vous allez ! A bientôt… peut-être… (leçon n°8 : toujours jouer le mystère pour continuer de séduire).

14 Comments

Ajoutez les vôtres
    • 2
      Marjolaine

      Merci Anne 😉 Je crois que l’ambiance « imprimé animal » et « lurex », ça a été totalement breveté dans les années 80 😀

  1. 3
    Francoise W.

    Ca fait du bien de te lire à nouveau. C’est vrai que la période passée a été compliquée mais que la suite le sera sans doute encore plus. Mais n’y pensons pas trop et soyons optimiste. Je vais t’avouer une chose : je n’ai jamais cousu de tee-shirts, pièce basique que j’achete en PAP, par peur de me lancer. Mais là, tu me fais changer de perspectives et comme je ne suis pas avare de défis et de vidage de stock de tissus, je vais peut-etre me faire violence. En attendant, j’admire la version ‘ratée’ en peau de ‘zebre’, je trouve que col en V donne quelque chose d’impertinent et plein de peps qui matche bien avec cet imprimé.
    J’ai moi aussi profité du confinement pour sortir de ma zone de confort et coudre du ‘avec marge intégré’, et bien ma foi, c’est pas si mal, ma version de myosotis est tout à fait correcte en terme de rendu. Maintenant sur mes chers Burda sans marge, je reporte avec un petit reglet les marges nécessaires et j’utilise les repères de ma MAC avec beaucoup plus de discernement : la découverte du siecle pour moi ! Au final, la couture est beaucoup plus précise et propre.
    Une nouvelle ère s’ouvre devant nous : après la guerre du Golf, l’an 2000, le 11 Septembre, les attentats des années 2010, voilà venu le temps des pandémies. Comme dit le prof d’Histoire Geo de ma fille : « vous venez vivre un évenement majeur de l’humanité – le Grand Confinement Généralisé #1, observez, écoutez, agissez ! »
    Des bises et merci encore de ce retour d’expérience !

    • 4
      Marjolaine

      Merci Françoise ! Pour le coup, cette période m’a étonnamment permis de vivre davantage au jour le jour, ce dont j’ai toujours été incapable avant, il fallait constamment que je projette l’étape d’après. Là, comme le contexte n’a aucune lisibilité, bizarrement ça me ré-ancre mieux dans le présent. Tout en pensant à l’avenir puisque mon projet est désormais de créer ma p’tite entreprise à échéance d’un an 🙂
      C’est bien hein, la couture avec marges ? Ici c’est adopté en tout cas. Je fais pareil que toi, je reporte les marges au moment du décalque, avec ma petite « souris » Prym super pratique. C’est une étape qui me prend un peu de temps, mais le reste est beaucoup plus rapide ! Elle doit être sympa ta Myosotis, tu l’as faite en quel tissu ?
      Oui, sûrement qu’une nouvelle ère commence… On verra… Chaque jour après l’autre, sans oublier ce que nous venons de vivre (au moment de la prochaine élection notamment !!)

      • 5
        Francoise W.

        Le temps passe et on est fin mai déjà…ma myosotis est en viscose assez plombante dans un imprimé jungle, limite camo. Elle tombe nickel, je suis super contente.
        En ce qui me concerne je préfère le confort du salariat, 1 indépendant dans la famille ça suffit bien, d’autant que le confinement a abouti à un arrêt complet de l’activité et que le deconfinement ne rime pas avec reprise sur les chapeaux de roues. Je te souhaite plein de réussite dans ton projet et j’espère que tu trouveras le temps de continuer à poster des articles inénarrables…Que la force soit avec toi !

  2. 6
    violette

    très sympa ton plantain je le connais mais je ne pense pas l’avoir téléchargé enfin bon je ne l’ai jamais fait
    j’aime beaucoup ta version en col V en fait faite je pense que c’est l’encolure ronde qui ne me plait pas
    mais je reconnais que beaucoup de mes T-shirts sont en col V
    chez nous tout le monde va bien pas d’attaque particulière mais je suis dans une région peu touchée pour l’instant j’espère que chez toi aussi ^_^

    • 7
      Marjolaine

      Merci Violette. Moi non plus de base, l’encolure ronde me tentait moyennement, mais une fois portée j’ai changé d’avis. Ce qui ne m’empêche pas de préférer l’encolure V. En fait, mon encolure préférée c’est celle dite « bateau » qui fait de jolies épaules 🙂
      Prends bien soin de toi. Tant mieux si tu es en sécurité. Ici je suis plutôt dans une zone de circulation active du virus mais même pas peur ! Et on fait attention 😉

  3. 8
    Maudz

    Salut Marjolaine,

    Une petit moment que je ne t’ai pas posté de commentaire !
    Avant tout, j’ai sur kiffé ton manteau napoléonien, sublimissime. J’en bave d’envie.
    Je m’étais fait un manteau long à la Albator qui m’avait provoqué le même genre de trip couturesque pdt ma grossesse…. Une fois l’enfant née, j’ai plus eu envie que de manteaux courts, va chercher…
    Bref, félicitation, c’est une pièce sublime, tu t’es déchirée.
    Je suis pas fan du jaune mais ta chemisette à citrons m’a fait me dire une fois de plus qu’il fallait que je me mette sérieusement sur la question d’une chemise…
    Je réfléchis, d’abord j’ai un gros challenge sur comment transformer en merveilles de magnifiques coupons de coton japonnais achetés en début de confinement. Ensuite, faire baisser le stock de jersey… Donc plantain. Je suis fan. Il est parfait. Ce we, pont oblige, j’ai cousu 2 shirts et j’ai testé 2 autres patrons gratuits très intéressants. Le Arsène de chez machine, tombé parfait, vite fait, bien fait. A essayer dans d’autres chutes ou autre tissu hasardeux.
    J’ai aussi cousu un Hemlock Tee. Patron gratuit aussi. Loose. Sympa comme petit sweat léger d’appoint pour l’été. Tu les connais peut être, peut être pas, je les trouve intéressants. Entre télétravail, enfants et travail sur site à l’hôpital, les projets rapides ont fait fureur à l’atelier. 1 kimono, 3 cache Couer (travaux préparatoires pour les tissus japonnais) et 2 t shirts. Et un gilet en route pour mini qui a décrété que cette vieille chute de Polaire moche et verte dans laquelle je coupais des masques, c’était super pour lui faire une veste…
    Bref, tout ça pour dire que tes plantains sont supers et oui, il faut en faire d’autres. Bonne cousettes et prend soin de toi.
    Maude

    • 9
      Marjolaine

      Merci Maude pour ton message qui me fait plaisir. Merci pour le manteau, je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de le porter cette saison, mais j’espère qu’il va passer quelques belles années dans mon placard 🙂
      Les cotons japonais, c’est le top ! Pour ma part, la chemise est presque toujours mon choix car je préfère les robes avec un peu plus de tenue (et j’aime pas quand ça froisse parce qu’on s’assoit dessus !!!). Effectivement pour le jersey, le Plantain est un super choix. Je connais de nom les patrons que tu mentionnes et j’ai envie de les tester. Louise Magazine avait sorti un article sur une dizaine de patrons de tee-shirts gratuits… Vivement le prochain confinement que je les teste tous 😉 Oui vive les projets rapides !!!
      Prends bien soin de toi également et merci de ton passage 🙂

  4. 10
    La Belle Arsène

    Hello, je suis contente de te relire (je fais partie des accros aux billest écrits, moi…). 🙂

    Fan de Deer & Doe, je n’ai toujours pas cousu leur Plantain… le déconfinement m’a par contre incitée à coudre Magnolia (enfin), une en chaîne et trame, une en maille.

    Ni zèbre ni serpent, mais tno imprimé le fait furieusement penser à la robe de mes chats (« tabby makrel » pour les pros, chat de gouttière pour moi).

    • 11
      Marjolaine

      Merci la Belle Arsène 🙂 Si tu as cousu la Magnolia, le Plantain passera sans encombre, je le conseille, il est vraiment pratique ce modèle 🙂
      Tu as raison, c’est vrai qu’il y a aussi un petit côté chat de gouttière !! 😀

  5. 12
    cyqlaf

    Attends, le « graou doré » c’est pas l’apanage de Sylvia, la maman de la nounou d’enfer ? Oui, ça va, je sors !
    Surtout qu’il te va bien, petite canaillou !
    & le plantain à rayures … aaah les marinières !
    Bref, fais gaffe, c’est comme ça qu’on devient accro à un patron !!!!

    • 14
      Marjolaine

      Merci, c’est gentil ! Je vois ton commentaire alors que je me décide à (peut-être) écrire le prochain article (ou pas). Ca motive 🙂

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