Valentina, le patronnage 2.0

Chose promise, chose retardée autant que possible par cette lourde tendance à la procrastination qui tend à ralentir l’ensemble de mes projets tout en grevant mes frêles épaules d’une contradictoire quoique pesante culpabilité mais cependant chose due : un article de présentation de VALENTINA, logiciel gratuit de patronnage avec lequel j’ai réalisé le patron de ce pantalon. Et king size l’article, je vous prie de me croire.

Afin de répondre aux questions que vous ne vous posez pas, je me suis prêtée au jeu d’une interview aux questions intransigeantes et sans concessions – conduite par moi-même.

Nous commencerons par une présentation de ce logiciel dans ses grandes lignes, avant de nous pencher sur ses points forts/faibles selon le prisme subjectif de mon expérience. Enfin, nous conclurons sur un essai de comparaison entre patronnage sur papier et par ordinateur. Bref, on va vibrer ensemble, rire ensemble, peut-être essuyer une larme ensemble, ce sera beau comme une note de synthèse dans un concours administratif.

Et vu mon sens de la digression, j’espère que vous avez prévu un casse-dalle.

Je peux tout de suite vous dire ce que cet article ne sera pas : ni un tuto détaillé pour la prise en main de Valentina (mais je vous dirai où en trouver), ni une initiation à la coupe à plat (mais on en parlera rapidement), ni la révélation de la recette secrète de ma quiche comté-champignons. Je suis prête à me livrer, certes, mais pas à ce point.

Marjolaine, commençons par aller droit au but : Valentina, c’est quoi ? Parlez-nous un peu de ce software, et comment vous êtes arrivée à l’utiliser.

(Oui j’ai décidé de me vouvoyer, c’est plus classe) Eh bien, j’ai découvert Valentina un peu par hasard, courant 2020. Il y a six ans, j’envisageais déjà d’apprendre le modélisme, par mes propres moyens. Comme le sait le lectorat fort cultivé de ce blog, le patronnage de vêtements consiste à modéliser en deux dimensions, sur le papier, les volumes du corps humain. Cela s’appelle la coupe à plat. Une autre approche du modélisme repose sur la 3D, en épinglant le tissu directement sur le mannequin. C’est ce qu’on appelle le moulage, c’est une technique différente mais complémentaire, qu’on peut utiliser davantage pour les drapés difficiles à rendre à plat, par exemple.

Donc, en 2015, j’ai voulu me mettre au modélisme. Mais dès la première ligne tracée sur le papier, je me suis demandé s’il n’existait pas un logiciel pour effectuer la même chose avec moins d’efforts… Et surtout un résultat plus précis. En effet, la coupe à plat requiert une exactitude importante, les différentes longueurs étant calculées sur la base des mesures relevées : la moitié de cela, le tiers de ceci, avec l’ajout d’1/5ème de cette longueur, etc.

Donc, vers 2015, j’avais effectué une première recherche sur internet : pour ne trouver que Modaris, le logiciel professionnel de Lectra, très répandu en entreprise et en école. Il est probablement très bien, je l’espère même fortement, vu qu’il faut vendre un rein de son enfant premier-né pour pouvoir l’utiliser. Je n’ai pas trouvé l’info, mais je crois qu’on parle d’un tarif nettement supérieur à 10 000 €.

On peut, bien sûr, se débrouiller avec un logiciel de dessin vectoriel de type Adobe Illustrator si on sait le manier. Mais cela me paraissait insurmontablement complexe, et puis Illustrator n’est pas gratuit non plus… Finalement, j’ai laissé de côté le modélisme en 2015. Laisser de côté les choses pour plus tard est un grand moteur de mon existence. Jusqu’en 2020, où je me suis de nouveau intéressée au sujet, et j’ai relancé la même recherche sur Internet. Pour découvrir cette fois, avec stupeur, l’existence de Valentina, software open source gratuit qui remplissait exactement les tâches du logiciel dont j’avais rêvé – et gratos.

Après sa création, Valentina a fait l’objet d’une scission (car oui, même les développeurs s’engueulent). De cette scission est sorti Seamly2D, une autre version du logiciel, qui n’a pas connu la même évolution mais qui est davantage visible sur les moteurs de recherche. Donc la première chose à faire, c’est de s’assurer qu’on utilise bien Valentina et pas Seamly2D. Pour installer Valentina, copiez-collez ce lien dans votre barre d’URL : https://valentinaproject.bitbucket.io/ et vous pourrez accéder à la version stabilisée (6.1) et aussi la version test (7.44 actuellement).

Ce logiciel est souvent perçu, par ceux qui le connaissent sans le pratiquer, comme assez « mathématique »… Est-il accessible au tout venant ?

Mathématique ? Oui. Accessible aussi, si vous êtes allé au moins jusqu’à la 5ème… Accrochez-vous, c’est un peu ardu pendant quelques paragraphes avant de redescendre en pente douce.

Il faut d’abord comprendre que Valentina repose sur un principe fondamental, qui détermine toutes les actions que l’on va y mener : la localisation de points dans un plan par rapport à une abscisse et une ordonnée.

… Ok, comptons-nous, parce que je pense que certains ont fait un AVC avec cette dernière phrase.

Ce n’est pas si compliqué. Laissez-moi remonter à 1993 et à mes cours de géométrie de 5èmeA avec M. Ramez, pour essayer de vous préciser la chose. Ceci, ci-dessous, vous dit encore quelque chose ?

Source : Wikipédia

L’origine, le point de départ des axes x et y (là où ils se croisent sur cette illustration, pour les esprits les plus épais d’entre vous), c’est le départ de notre patron dans Valentina. Il s’appelle A, par défaut (… rien à voir avec le A de l’illustration ci-dessus) :

Et à partir de A, nous allons créer les éléments dont nous avons besoin : un second point, puis un troisième, etc… Chaque point suivant étant créé par référence à un autre. Dans les images ci-dessous (cliquez dessus pour les faire apparaître en taille plus lisible), vous voyez que lorsque je commence un nouveau projet, je n’ai que le point A. Je choisis de créer un second point par rapport à A. Je peux choisir son angle (je vais y revenir), sa distance d’avec A, son p’tit nom (on va faire simple et l’appeler B, ce sera plus pratique que Jean-Michel), et même quelques frivolités comme la forme et la couleur des pointillés qui le relieront à A. Et je le crée. Puis, entre A et B, je peux créer une ligne, une courbe ou un arc selon diverses modalités que je ne détaille pas ici, par compassion pour les deux personnes qui ont survécu à l’ennui de cette présentation liminaire.

Ce principe de base contraint fondamentalement les déplacements d’objets : dans Valentina, contrairement à beaucoup de logiciels, vous ne pourrez pas déplacer un objet par un simple « copier/couper-coller ». Car, tout objet dépendant d’un point, vous ne pouvez pas coller une courbe au milieu du plan sans qu’elle soit rattachée à un autre point. En lieu et place, il vous faudra donc redéfinir la distance qui la sépare de son point d’origine. Sauf qu’entre-temps, peut-être que vous aurez créé un point C partant de B ? Auquel cas, C sera également impacté par ce déplacement. Et les points qui partent de C. Et ainsi de suite.

… Bon sang, ce qu’on s’éclate !

Je voulais parler des angles : accrochez-vous encore 5 minutes, prenez un Doliprane, on rangera le cahier de maths après ça.

La notion d’angle est également fondamentale dans Valentina, car dans ce plan où tout se définit par rapport à autre chose, chaque objet forme un angle avec un autre. Si vous regardez comment j’ai placé le point B dans la série d’images précédentes : je voulais le positionner à droite de A, tout en restant exactement au même niveau de hauteur : j’ai donc positionné son angle à 0, car les angles se déterminent selon une rotation anti-horaire. C’est ni plus ni moins votre bon vieux rapporteur de 5èmeA qui se rappelle à vous. Si on part de l’axe x et qu’on va vers la droite, l’angle est à zéro. L’axe y, vers le haut, est à 90°. Si on part à gauche sur l’axe x : c’est 180°. Si on part en dessous sur l’axe x, c’est 270°. Et toute autre valeur que vous voudrez de 0 à 360° (qui reviennent, l’un et l’autre, à la même position, si vous avez suivi le raisonnement).

… Prenez quelques notes, bon sang, parce que sinon je sens que ça va être l’hécatombe à l’interro de fin d’article !

Ce positionnement est nécessaire si on veut s’assurer, par exemple, du bon équerrage / parallélisme de nos lignes. C’est en somme, votre rapporteur ET votre équerre virtuels dans Valentina.

D’accord, compris. Et maintenant, comment apprendre à utiliser Valentina ? Quels sont vos conseils ?

Alors oui, je vous ai tartiné de termes géométriques, mais rassurez-vous : une fois que vous avez compris cette notion de base (le plan, l’abscisse et l’ordonnée, les angles), le reste se décline plus facilement. Et il existe, merci à elles, quelques nanas nettement plus patientes et dévouées que moi qui ont créé des tutos très clairs sur YouTube, que j’ai utilisés pour ma prise en main. Ainsi, sur la chaîne de Sophie Denys, vous trouverez plusieurs tutos vidéos très clairs pour faire son buste de base, créer des pinces ou encore procéder à la gradation. La chaîne de Syllinah Patronne vous donnera aussi accès à plusieurs vidéos explicatives fort utiles. Et il existe un groupe Facebook assez actif, Valentina FR – patronage informatique opensource. Il est privé, en français, vous pouvez y poser vos questions relatives à Valentina et/ou lire celles des autres et les réponses : c’est extrêmement utile et formateur. Enfin, Catherine, l’administrative du groupe, a procédé à la traduction du manuel de Valentina, qui est accessible en PDF contre une vingtaine d’euros. 327 pages : une BIBLE. Bref, il y a des outils, vous n’êtes pas lâché.e.s dans cette grande jungle de la géométrie sans l’ombre d’une petite machette explicative.

Un dernier conseil : quand on commence à être à l’aise avec les outils proposés par Valentina, le mieux est encore de réussir à se faire une espèce de « carte mentale » des étapes de création de son patron, pour éviter les manip’ géométriques inutiles qui vont nous encombrer visuellement par la suite. Même s’il existe un outil bien pratique qui permet de cacher certains groupes d’objets pour rendre son travail plus clair.

Illustration en images. Sur la première, vous avez mon patron de pantalon « à peu près propre », même s’il n’est pas définitif car certaines lignes ne seront pas imprimées. Sur la seconde image, apparaissent tous les objets que j’ai dissimulés pour ne conserver que ceux qui me sont utiles.

Ha oui, ça pique un peu.

Mon patron de pantalon à peu près sous contrôle.
Mon patron de pantalon version schizophrène.

En vrai, les conseilleurs n’étant pas toujours les payeurs, j’ai moi-même un certain mal à bien hiérarchiser mes étapes. Car dans la vraie vie de la construction d’un patron, on doit toujours revenir en arrière, modifier une étape, prendre une autre décision etc. Et il n’y a pas de gomme dans Valentina : pour supprimer un objet, toujours selon la même logique, il faut d’abord s’assurer qu’il n’est pas la « source » d’un autre. Imaginons une ligne qui part du point B, et qui va vers C. Imaginons que de C, nous ayons fait partir un autre point, appelons-le… tiens, et pourquoi pas D ?!

Pour supprimer C, il faudra d’abord supprimer D. Car dès qu’un objet devient la source d’un autre, il n’est plus supprimable.

… Attendez, quoi ? Vous avez parlé de GRADATION plus haut ???

Bravo pour votre vigilance, interviewer pugnace. Eh oui, car je vous ai d’abord parlé de ce qui est relou dans Valentina (les maths), mais pas encore de ce qui est merveilleusement cool et pratique ! Et qui peut se résumer en une phrase : contrairement à Illustrator par exemple, Valentina est un logiciel conçu pour le patronnage. De ce fait, il intègre notamment la possibilité de travailler par rapport à un tableau de mesures, mais également de faire une gradation de votre patron.

Le tableau de mesure, parlons-en : quand vous créez un patron de base, sur papier ou autre, c’est toujours par rapport à vos mesures. Même les moins couturiers de mes lecteurs peuvent comprendre cela. On prend son tour de poitrine, tour de taille, tour de bassin, longueur taille-hanches, etc. Ces mesures nous servent de base à la construction. Soit vous créez un patron « standard T40 » comme je l’ai appris en formation, soit vous créez un patron à vos mesures comme c’est le cas dans les méthodes qu’on achète sous forme de livres. Eh bien, Valentina intègre un petit outil qui s’appelle Tape et qui vous permet de renseigner absolument toutes les mesures que vous voulez :

Ces mesures, vous pouvez ensuite les utiliser comme variables dans votre patron. Si je reprends la création de mon point B, plus haut, vous avez vu sur l’image que je l’ai créé à 2,5cm de A, tout à fait arbitrairement. Mais j’ai également la possibilité de créer un objet à partir de mes mesures. Il me suffit de charger mon tableau de mesure, préalablement renseigné, dans mon patron Valentina en cours. Et là, au lieu de créer le point B à 2,5cm du point A, je décide de lui donner la valeur de mon demi-tour de bassin. Cette ligne ainsi créée dépendra donc de cette mesure. Si je modifie cette mesure (imaginons, par exemple, que j’aie trop forcé sur la bûche à Noël), la ligne créée se modifiera également automatiquement. Et c’est merveilleux.

La gradation. Sur ce point, je serais assez en mal de vous en parler, car je ne l’ai pas utilisée. J’a fait mon patron de pantalon selon mes mesures, je ne l’ai pas gradé. Je vous renvoie vers la vidéo YouTube de Sophie Denys à ce sujet, si ce sujet en particulier vous intéresse (pour une fois que je fais court sur un sujet, dans cet article sans fin !).

Par contre, je peux vous parler d’une autre fonction fort intéressante de Valentina : la gestion des marges de couture. Vous avez vu plus haut que mon patron de pantalon, même dans sa version « propre », était quand même assez chargé. Mais Valentina permet de passer en mode « détails » pour le transformer en vraie pièce de patron imprimable :

Dans ce mode Détails, où apparaissent les pièces de patron que nous avons créées, nous pouvons faire figurer le droit fil, créer les crans, ajouter des annotations, faire apparaître les pinces et lignes internes créées dans le dessin… et bien sûr ajouter les marges de couture, à la largeur souhaitée et même en faisant de jolis angles bien associés comme j’ai appris à le faire à Formamod !

Il suffit ensuite de générer un plan de coupe pour imprimer tout cela. Celui interne au logiciel n’est pas optimal, à mon goût. Une appli complémentaire à Valentina est en cours de développement, elle s’appellera Puzzle et permettra spécifiquement de gérer le plan de coupe. A ce stade, il est possible (et c’est l’option que j’ai choisie) d’exporter son document vers un autre logiciel de dessin vectoriel, type Inkscape (qui est gratuit) pour y repositionner ses pièces et les imprimer. Dans Inkscape, je le transforme en PDF constitué de plusieurs pages au format A3, car j’ai la chance d’avoir une imprimante de ce format à la maison, ce qui fait que pour un pantalon de ce type, je n’ai que 8 pages à assembler.

Question subsidiaire mais que se posent nos lecteurs : comment faites-vous pour être aussi fabuleuse au quotidien ? Votre fanbase est sous le charme de ce mélange de naturel et de sophistiqué qui définit votre personnalité.

(Je vous avais bien dit dès le départ que cette interview était intransigeante et sans concessions) Hihi, je ne saurais le dire, vous savez, moi j’essaie avant tout de rester moi-même dans ce monde qui nous contraint à ressembler à des modèles de plus en plus stéréotypés. Je suis restée sincère, je ne triche pas, et je crois que ça se voit. Je parle avec mon cœur.

Revenons à nos moutons. Vous avez construit un pantalon avec Valentina, dont le résultat semble vous avoir donné toute satisfaction. Nous nous attendions à voir défiler sur votre blog une profusion de modèles créés de votre main. Comment expliquer votre silence depuis début janvier ?

HA ! Excellente question, merci, j’ignore qui a préparé cette interview mais super boulot (smiley pouce en l’air). Car cette question me permet de m’arrêter ici sur un point fondamental : le logiciel de modélisme ne fait pas la modéliste. Et pourtant, j’aimerais bien, croyez-moi. C’est LE malentendu majeur qu’il faut dissiper, il me semble, puisque moi la première je suis tombée dedans quand j’ai cherché une solution informatique à mes problèmes de modéliste en herbe.

Valentina ne vous permettra pas de créer un patron si vous ne savez pas comment on doit faire. Il faut d’abord partir d’une méthode. Il en existe plusieurs sur le marché qui sont assez reconnues. Teresa Gilewska, ESMOD, Jacqueline Chiapetta, Line Jacque et d’autres encore… Pour ma part, j’ai cassé ma tirelire (et celle de ma Maman) et j’ai suivi le cours de modélisme de l’école Formamod, assez poussé. Mais j’ai également les deux premières méthodes évoquées à la maison (Gilewska et ESMOD), sous forme de livres et bien que je n’aie utilisé aucune des deux pour un patron intégral, il m’arrive de piocher dans l’une ou d’autre des tentatives de solutions aux problèmes qui se présentent à moi. Car contrairement à ce que j’aurais aimé, cinq mois de formation ne font pas de moi une modéliste accomplie. J’ai acquis une base assez complète, indéniablement, mais il faut s’exercer ensuite de façon très régulière pour s’habituer à rencontrer des problèmes, et à les résoudre. Et je suis là-dessus depuis janvier, à essayer de surmonter des galères de pente d’épaule, de creusé d’encolure et de création de manche (ha, la manche, enfer patronnier). Et je couds toile sur toile pour essayer de progresser. C’est passionnant, mais c’est long. Et frustrant.

Mais alors, pourquoi choisir l’informatique plutôt que le bon vieux papier, le critérium et la gomme ? Ou dans d’autres termes, est-ce que l’informatique fait vraiment gagner du temps, finalement ?

A dire vrai, Valentina peut permettre de gagner du temps autant que d’en perdre. L’ajout des marges de couture, par exemple, est un excellent exemple de temps gagné puisque tout se fait en quelques clics. A contrario, je me suis souvent vue passer des heures à essayer de trouver la solution à un problème technique posé par l’usage du logiciel. C’est dû à deux choses : une logique différente de celle du papier, et une familiarisation insuffisante avec Valentina. A mon sens, ces deux motifs de ralentissement ne peuvent que diminuer avec le temps.

Par ailleurs, Valentina permet l’exactitude mathématique. Si un calcul de patronnage nous amène à une valeur de 12,3758 cm, il te la posera exactement sans trembler des genoux. Alors que moi, je vais arrondir à 12,37 ou 12,38, je ne suis pas sûre, et ma règle japonaise n’est de toute façon pas précise au dixième de millimètre, et mon calcul suivant ne sera pas non plus un nombre rond, donc je vais avoir un autre millimètre de décalage, d’autant qu’à la base mon équerrage fait main n’était peut-être pas parfait, etc. Bref, il en ressort une inexactitude qui déplaît à mon esprit obsessionnel compulsif.

Et pour avoir travaillé uniquement sur la version papier à l’école : mon dieu que l’on gomme, en patronnage. Ca finit parfois par être tout cra-cra et pas très lisible. D’autant qu’on part ensuite de la base pour la transformer, créer les pivots, les empiècements, les découpes… bref, je trouve ça infiniment plus confortable sur un ordinateur, malgré le temps perdu, et je ne reviendrai pas au patronnage sur papier, je pense.

Maintenant, tout dépend de l’usage. Je vous avoue (révélation !) qu’il me plairait assez de proposer des patrons à l’usage d’autres couturières. J’ai réalisé ces derniers mois à quel point la logique de la création de vêtements, au-delà de leur « simple » confection, me passionne. C’est énormément de travail et je ne sais pas si j’arriverai un jour jusqu’à cette fin, mais dans cette optique, il faut bien évidemment avoir un fichier informatique et gradé.

Maintenant, si vous ne cousez que pour vous, ou selon les mesures précises de votre tatie Jocelyne, et si vous êtes déjà à l’aise pour créer vos patrons sur le papier, et qu’un ordinateur n’est pas tellement votre copain à la base, alors je dirais : non, ne perdez pas votre temps à essayer de maîtriser Valentina et continuez comme le faites, vous gagnerez certainement du temps.

Tiens, j’aurais peut-être pu le dire en début d’article pour éviter que vous vous tapiez toute la lecture.

Bien, nos lecteurs ont compris que vous aimiez Valentina malgré sa difficulté relative d’appréhension au démarrage. Allez-vous continuer à l’utiliser et nous proposer toute une panoplie de charmants modèles sur ce blog si plaisant à l’oeil ?

Bon sang, ces questions intransigeantes et sans concessions !

Eh bien la réponse est : pas pour le moment. Etonnant, non ?

Car j’ai découvert début janvier l’existence d’un autre logiciel qui s’appelle Clo3D.

Source : Clo3D

Celui-là est payant : 50€ par mois, donc il est clairement réservé à l’usage des modélistes professionnels, ou des amateurs compulsifs. Comme je rentre au moins dans la deuxième catégorie, je l’ai testé pendant le mois d’essai offert, et OH MON DIEU LES POSSIBILITES. Ce logiciel est une petite tuerie qui permet de concevoir des patrons à plat, en version 2D, et d’en vêtir des avatars 3D que l’on met aux mesures souhaitées, afin de juger immédiatement du tomber du vêtement.

L’objectif est clairement de faire gagner du temps sur les toiles. Le logiciel va beaucoup plus loin que cela, il permet de faire des rendus de texture et de tombé d’un réalisme bluffant, il est d’ailleurs beaucoup utilisé dans cette optique pour des présentations de collections professionnelles, des créations de costumes pour le cinéma, etc. Mais il demande énormément de temps de formation pour cela.

Source : ArtStation

J’ai profité du mois d’essai pour me former autant que possible à ses fonctionnalités de base, et vraiment j’adore ce logiciel. Il ne fonctionne pas sur la logique mathématique de Valentina, mais sur celle plus classique des logiciels de dessin vectoriels : on peut donc couper, copier, déplacer, désolidariser, supprimer des objets sans trop se préoccuper de leurs liens entre eux. L’ergonomie générale est donc beaucoup plus maniable, à mon sens. Et le fait de pouvoir simuler le résultat de son patron sur un avatar, avec une gamme infinie de personnalisation de tissus, de motifs, etc. c’est juste WOUAH.

Mais ça demande beaucoup de temps pour être efficacement maniable, clairement plus que Valentina. Et c’est payant. Ceci dit, à 50 balles par mois, je crois que je vais craquer quand même. J’achèterai moins de chocolat et je supprimerai le compte Netflix sur lequel ma fille regarde ses épisodes de Pat’ Patrouille, et voilà !

Ici s’arrêtent nos questions. Merci Marjolaine de vos réponses, qui ne manqueront pas de passionner nos lecteurs toujours en quête de nouveauté et de frisson.

Merci à vous pour votre attention, si vous êtes arrivé(e) jusque ici. Je crois avoir abordé, en substance, tous les points que je voulais évoquer pour cette « rapide » introduction à Valentina, à la fois longue et pas du tout exhaustive. Il faut bien s’arrêter quelque part, et je ne vais pas vous recopier les 327 pages du manuel. Je ne sais pas si je vous ai donné envie d’essayer ou si je vous ai définitivement fait fuir, mais en synthèse, retenez qu’une fois comprise la logique de base de Valentina, le logiciel ne prend pas tellement de temps à devenir assez vite maniable – surtout pour les esprits agiles de mes lecteurs adorés !

Je vous quitte sur cette flagornerie ultime et je vous donne RDV en mars pour de l’authentique couture avec des vrais morceaux de Burda à l’intérieur !

24 Comments

Ajoutez les vôtres
  1. 3
    violette

    bigre t’as du courage !
    est ce que je t’ai déjà parlé de la projection de patron ? sur facebook je t’y invite si tu veux tu auras plus d’infos sur le groupe
    https://www.facebook.com/groups/612018956087067/?multi_permalinks=764364334185861
    a mon sens c’est juste la continuité de ce super logiciel Clo3D et un gain de temps assuré 😉 en plus tu utilises inkscape donc ce sera très facile pour toi et tu pourras l’utiliser pour tes autres patrons genre les burda et autres que tu télécharges ^_^ tu fabriques tu projettes tu coupes tu couds tu portes franchement je te le conseille tu as quelques vidéos/ articles qui traînent sur le net

    • 4
      Marjolaine

      Oui, tu m’en avais parlé, et j’ai d’ailleurs intégré le groupe récemment ! C’est une mine d’infos et c’est très tentant ! Pour l’instant je regarde passer les infos et je cogite. Le problème c’est que je n’ai pas de table de coupe attitrée, j’utilise notre table de salle à manger donc impossible de laisser une installation pérenne. Et pourtant ça me botterait carrément de m’épargner le papier et d’en gâcher moins !!

  2. 6
    La Belle Arsène

    Merci pour cet article! Je fais partie des sous-marins du groupe FB Valentina. L’outil me fait de l’oeil, le modélisme, également… J’ai fait un tout petit peu de patronnage lors d’un stage, jai envie d’approfondir, mais…

    Pas le temps, pas le temps. Argh.

    Comme je ne couds que pour moi, je pense que je ferai le patronnage à la gomme et au crayon, à l’ancienne.

    • 7
      Marjolaine

      C’est sûr qu’après, c’est une question de temps ou plutôt, de priorisation. Je trouve le temps pour la couture et le modélisme mais c’est au détriment d’autres activités, c’est ainsi 🙂 Cela dit rien ne t’empêche de télécharger la logiciel, et de le tester, c’est encore la meilleure façon de savoir !

  3. 8
    Noëlle Adam

    Excellente revue. Cependant un point vital et d’intêret : ça tourne sur quoi ? Quel OS, à partir de quelle version, et le truc qui fâche aussi, avec quelle consommation de ressources…Car les miennes étant ce qu’elles sont maintenant, je navigue entre un gros vieux MacPro aux ressources importantes mais dont l’OS pour des raisons qui ne regardent que moi est toujours Snow Leopard. Et un vieux Vaïo poumoneux aux ressources très limitées , qui grâce à Linux accède à l’internet (les jours où il y a du réseau). Pour l’abord du logiciel, une de mes vannes de quand j’étais pro, que je cède volontiers contre bons soins, c’était « l’ergonomie du logiciel, c’est ce qui ne se voit pas. Dans la plupart des cas bien sûr, ça ne se voit pas parce qu’il n’y en a aucune ».
    Mon rêve ? Un patronnage par facettage d’après scan 3D, plutôt qu’un système de mesures qui date de la fin du XIX eme.

    • 9
      Marjolaine

      Alors de ma relativement faible expérience en informatique, je peux dire que Valentina est léger. Je l’utilise sur mon laptop Asus récent (2020) et je ne rencontre aucune difficulté de performance. Mais je pense qu’un ordinateur plus ancien ne ramerait pas non plus à le faire tourner. IL est utilisable sur Windows10, 7 et XP, Mac OS X 10.11 (désolée je n’ai aucune connaissance en systèmes Mac) et divers autres systèmes dont le seul autre que je connaisse, Ubuntu. La liste est apparente quand on suit le lien de téléchargement que j’ai donné.
      Pour Clo3D, en termes de consommation de ressources, c’est évidemment une autre histoire car la simulation est gourmande en ressources. Mon ordinateur avait la RAM minimale requise (8Go) et j’ai ajouté de la RAM pour atteindre 24Go (16 étant le seuil conseillé par Clo).
      Pour ce qui est du patronnage pas facettage d’après scan 3D, j’ignore ce que c’est mais je veux bien que tu m’expliques !

  4. 12
    sophie

    Merci beaucoup de nous faire découvrir ce logiciel dont je n’avais pas entendu parler. Personnellement j’utilise illustrator parce que j’ai la chance de l’avoir sur mon pc professionnel mais sinon c’est hors de prix. Le travail à partir des mesures dans Valentina me paraît super interessant, je vais donc me pencher dessus ! Et suivre cette histoire de puzzle parce qu’il faut quand même bien imprimer tout ça à un moment (j’ai lu le commentaire sur la projection, mais comme toi, je n’ai pas de table attitrée, est dans mon salon et je suis en location, il n’est donc pas question de percer le plafond )
    Si jamais tu trouves un logiciel qui coud les toiles à ta place, fais-moi signe !!

    • 13
      Marjolaine

      Merci à toi. Je viens de me mettre à Illustrator (j’en aurai besoin en complément de Clo3D), c’est vrai que c’est cher mais plusieurs logiciels de la suite Adobe Creative nous intéressent, donc avec mon jules, on s’est résolu à payer le package mensuel. C’est clair que Valentina pèche au moment d’imprimer les pièces. J’ai vite appris quelques fonctions de base sur Inkscape pour compléter mais pouvoir tout faire en « natif » serait un vrai plus.
      Et si je trouve un logiciel qui coud les toiles à ma place, ce n’est pas un article que je fais, c’est un feu d’artifice ! De bonheur !!!

  5. 14
    Nathalie

    Merci pour cet article ! J’avais fais ESMOD pendant 1 an par le biais d’un FONGECIF en 2006 mais je n’ai pas continué. Je fais de temps en temps de la couture pour moi. J’avais bien eu connaissance de logiciels de patronage mis hors de prix donc je taille mon crayon et use ma gomme régulièrement !
    Je m’étais inscrite à le groupe Facebook que tu sites et pour le moment je regarde passer les commentaires. Cela me tente mais je n’ai pas encore sauté le pas. D’autant que je n’ai que mon PC pro qui est plutôt sécurisé !
    Ceci dit j’aimerai me lancer dans les tenues de danse pour des groupes et la gradation serait top !
    Merci pour cet article qui répond exactement aux questions que jke me posais !

    • 15
      Marjolaine

      J’en suis ravie ! Je trouvais que Valentina manque un peu de visibilité dans la communauté des couturières, alors qu’il peut être un atout pour certaines ! Ce sont des logiques différentes mais passées les phases d’apprentissage je pense qu’on gagne du temps ! Surtout pour la gradation…

  6. 16
    caroline

    article intéressant et complet merci, perso je continue à plat, (même si j’ai appris sur Lectra, il y a !? chut…27 ans env)valentina peut être amusant, oui mais je vais plus vite à la main (question d’habitude), donc je me suis inscrite au groupe FB et j’ai tout de même téléchargé la bete au cas où !

    • 17
      Marjolaine

      Merci ! Je suis ravie et honorée de ton commentaire, car si tu savais le nombre de fois où je vais sur ton site chercher des solutions de patronnage… J’en profite pour te remercier à mon tour !!!

    • 19
      Marjolaine

      Comme quoi, on se tape les cours de géométrie en se disant que ça ne nous servira jamais et… Paf, couture !

  7. 20
    cécile

    merci pour toutes ces infos. J’utilise Seamly2d en pensant être sur Valentina!. j’ai donc aussi chargé Valentina et maintenant je teste les différences et pour le moment ça m’a l’air pareil, à suivre…

    • 21
      Marjolaine

      Je t’en prie. De ce que j’ai compris, la partie de l’équipe qui a repris Seamly2D a fait un gros boulot de communication / référencement pour renvoyer vers eux les références à Valentina, et c’est vrai qu’il n’y a pratiquement que Seamly qui ressort quand on cherche Valentina… Mais par contre, c’est du côté de Valentina que se trouve le boulot de développement donc ça devrait être plus flagrant sur les prochaines versions.

  8. 24
    Cesecan

    Bonjour, j’adore votre style d’écriture. Je vous remercie pour vos explications claires (si on savait que les maths servaient à ça !) et pour tous les liens fournis.

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